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C’est un article de libé de ce mercredi 22 Décembre 2021, qui m’alerte sur ce qui, à tout dire, n ’avait pas attiré mon attention particulièrement.

J’ai lu de manière attentive l’article de 4 pages que consacre libé non seulement à ce livre, aux conditions de sa réalisation mais aussi à cette communauté de religieux de l’Aude, aux liens qui unissent cette communauté traditionaliste au milieu de la droite extrême et de l’extrême droite zemourienne. Les recherches que je fais sur internet, à propos de cette communauté, de sa proximité avec la droite extrême et l’extrême droite, et à propos des différents contributeurs, conforte la première impression après la lecture de Libé.

J’aimerais avoir autant d’alertes, sur mes pages des réseaux sociaux, concernant les liens entre une partie de la droite, de l’extrême droite, des patrons de presse, des intellectuels  et les traditionalistes catholiques sur leur croisade pour refaire de la chrétienté, le fond culturel de notre pays, que j’en ai sur l’islamo-gauchisme, le wokisme ou autre intersectionnalité.

Je constate aujourd’hui que  Zemmour, candidat à l’élection présidentielle, est le relais de cette reconquête. C’est lui qui menace notre « vivre ensemble », qui abîme et menace notre démocratie par la haine qu’il insuffle. Derrière lui, dans l’ombre ou dans la lumière, un réseau fait d’hommes d’affaires, de médias, d’intellectuels, de conseillers d’hommes politique de droite, d’une partie de la bourgeoisie et des  cercles intégristes catholiques.

Bolloré, patron de CNEWS, par exemple est aussi  propriétaire d’Editis qui n’est ni plus ni moins que le distributeur de ce livre « Trois Jours, Trois nuits », coédité par Fayard propriété de Lagardère, qui va entrer bientôt dans l’escarcelle de Bolloré, suite à son OPA après s’être emparé dernièrement d’Europe 1 et du JDD.

Parmi les intellectuels qui se sont prêtés à l’initiative de Nicolas Dia, il y a d’abord Nicolas Dia, lui-même. Éditeur de Philippe de Villier et ex conseiller de Laurent Wauquiez, Nicolas Dia nourrit des relations très étroites  avec la droite ultra conservatrice[1], comme l’atteste  une enquête très fouillée dans Slate, de Frédéric Martel[2], chercheur et journaliste rigoureux. Il semble comme la plupart des autres contributeurs, qu’il ait fait de la lutte contre l’Islam par le « grand relèvement » de l’occident chrétien, le combat de sa vie.

Dans la conclusion de la préface du livre qu’il a initié, Nicolas Dia affirme que « La mondialisation a formidablement profité aux adeptes de l’islamisme, courant radical de l’Islam qui prône la misère et la folie pour tous, savamment cornaqué par les pouvoirs féodaux qui régentent les pays musulmans avec l’approbation, sinon le soutien tactique des démocraties occidentales. ». Quand on a lu l’ensemble de la préface qui est un hommage dithyrambique de cette communauté religieuse conservatrice, il reste peu de doute sur l’ambition de ce monsieur qui au cours de sa prose rend aussi hommage à Benoît XVI qui affirmait que « ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à l’écouter, demeure aujourd’hui encore, le fondement de toute culture véritable » L’objectif du livre est clair défendre l’occident Chrétien contre la barbarie musulmane. Et ceux qui se sont prêtés à cette initiative, sont les croisés qui sonnent le Réveil ou le « Grand redressement » pour empêcher le « Grand remplacement »

Parmi les contributeurs, citons Franz Olivier Gisbert, auteur du livre dont le titre « Le Sursaut » est tout un  programme, se montre très très complaisant avec Éric Zemmour, comme j’en ai été témoin lors de l'émission C.Politique du dimanche 9 Novembre, Jean René Van der Plaestsen, rédacteur délégué de la rédaction du figaro magazine, journal qui ne cache plus sa sympathie pour Zemmour  ou ce qu’il défend, Camille Pascal, journaliste qui a collaboré à Valeurs Actuelles, après avoir été conseillé de Nicolas Sarkozy, Pascal Bruckner qui n’en peut plus « des laudateurs de la fraternité » et « des antifas, ces néonazis déguisés en leur contraire » face au risque du « grand remplacement »[3]

Ce réseau puise des racines profondes dans le catholicisme traditionnel. Ces réseaux savent aussi qu’ils peuvent mordre sur une partie de la population non chrétienne, ou se réclamant comme telle. Ils savent qu’ils peuvent fédérer tous ceux et toutes celles qui voient dans l’Islam un danger pour notre culture. Car au fond, ce n’est ni la religion qui est en cause, ni le catholicisme en particulier. L’utilisation et l’interprétation du message de cette religion n’est qu’une caution pour justifier le refus de toute transformation de l’ordre établit et de la hiérarchie des choses, par les auteurs de ces falsifications. Je pense comme Patrick Boucheron que « ce livre est un livre de pur projet de reconquête politique déguisée en livre de prières, dans un moment tout sauf innocent, tant dans le village qu’au niveau de la Nation. Les écrivains conviés à ce projet le savent et en remplissent le cahier des charges ».

Ne faisons pas semblant de considérer que les liens de cette mouvance avec une partie de la bourgeoisie, des intellectuels et des traditionalistes catholiques, ne serait qu’un détail sans danger. Nous avions vu la radicalité de ces groupes intégriste, se manifester lors de la « manif pour tous » et aussi lors de la campagne de François Fillon en 2017.  Cet intégrisme extrémiste doit être combattu.  Pour autant, l’intégrisme et l’extrémisme véhiculé par ces groupes, ne saurait se confondre avec le catholicisme, pas plus que l’islamisme radical politique ne doit être confondu avec l’Islam.

Et pendant ce temps, Une chaîne publique fait un pont d’or à 3 contributeurs de ce livre, au moment où il faut faire redémarrer la campagne de Zemmour. Elle nous répondra que ce même jour sur le plateau François Hollande était aussi invité pour parler de la foi. Curieuse conception de la laïcité.

Et Pendant ce temps, une partie de la gauche ou présumée comme telle se perd dans une défense lamentable de tous les communautarismes, tandis qu’une autre se perd dans la défense d’une laïcité qui frise avec l’anti-islam. La gauche, celle qui a fait du combat pour l’émancipation de toutes et de tous, de la lutte contre les inégalités et  de la mobilisation pour une participation active de la société civile à la construction de la démocratie, est inaudible.

Ces propos vont me valoir des critiques, je les accepte.

Ils vont me valoir des procès en naïveté, ou peut-être même en lâcheté devant ce qui serait un refus de voir un danger dans l’islamisme, le wokisme ou l’intersectionnalité. Je refuse ce procès. Appréhender un danger, se battre contre celui-ci ne signifie pas l’aveuglement. J’ai déjà eu l’occasion dans de nombreux papier de m’expliquer sur ces questions et je n’ai rien à rajouter.[4] 

Ils vont peut-être me valoir des procès pour règlement de compte avec ma matrice originelle qu’est mon éducation religieuse catholique. Je ne les accepte pas non plus. Si je ne suis plus pratiquant je me considère comme croyant. C’est dans ce terreau chrétien qu’est né mon engagement social et sociétal qui s’est poursuivi dans le syndicalisme, le mutualisme et l’associatif. C’est cette histoire toute cette histoire qui constitue mon chemin vers la laïcité, telle que définit par la loi de 1905, et très bien expliquée par Patrick Weil dans son livre « De la Laïcité en France ». Le catholicisme ne se résume pas à ces groupes religieux réactionnaires et extrémistes.

Alors Oui, l’islamisme est un danger et nécessite une mobilisation des pouvoirs publics mais aussi de tous et de toutes pour le combattre. Le communautarisme est un mal qui mine notre façon de « faire société », elle-même menacée par des discriminations de couleur, de genre, de quartier que l’action publique doit aussi combattre.

Il y a aussi une extrême-droite, très organisée dans notre pays qui menace la démocratie. Deux candidats de cette mouvance sont candidats à l’élection présidentielle.

La banalisation de Le Pen avait libérer la parole populaire. La candidature de Zemmour libère la parole bourgeoise.

Le pire n’est pas sûr, mais pas impossible non plus.

Gaby BONNAND

 

[1] Nicolas Diat, le très secret éditeur des réacs 

[2] Nicolas Diat, le très secret éditeur des réacs Slate 23 Avril 2019 de Frédéric Martel est chercheur, écrivain et sociologue. Il a entre autre dans sa carrière été Rédacteur en Chef de « La Revue CFDT » qui s’appelait à l’époque « CFDT aujourd’hui".

[3] Pascal Brukner cité par libération du 22 Décembre 2021