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Je l’ai dit j’ai fait le choix de voter Hidalgo au premier tour.

Ceci étant je n’arrive pas à m’expliquer par des raisons objectives, que la candidature d’Anne Hidalgo apparaisse comme une candidate peu crédible.

Lorsqu’on compare les différentes candidatures on a un peu de mal à voir les éléments objectifs qui peuvent venir à l’appui de cette approche.

  • Critiquée sur Paris, certes mais élus 2 fois.
  • Des propositions programmatiques un peu hasardeuses en matière de rémunérations des enseignants entre autre, certes, mais l’engagement de Macron en tant que Président devant les membres de la conférence citoyenne de reprendre 90 % des propositions sans filtre de l’Assemblée Nationale, n’était-il pas plus hasardeux encore ?
  • Associée à un Parti Moribond, certes, mais le plus populaire des sondages est le père d’un parti mort-né.

Par ailleurs, elle est une des rares candidat.es à avoir une expérience réelle d’exercice du pouvoir dans un exécutif.

Dans l’environnement de ce qui fait une des caractéristiques de la gauche, le travail, c’est la seule à avoir une expérience concrète de relation au travail. Elle a exercé plus de 10 comme inspectrice du travail.

Probablement que le caractère désincarné de l’élection présidentielle par rapport aux préoccupations profondes des français, ajouté au fait que le débat public ne soit plus animé par des partis politiques enracinés dans la société, mais par des médias fortement "idéologisés" pour ce qui concerne en particulier les chaînes d’information en continu, jouent sur l’image véhiculée sur la personne d’Hidalgo.

Pour préparer demain

Malgré cette situation et peut être même à cause de cette situation, je persiste dans mon choix de voter Hidalgo davantage pour préparer demain que pour son programme en tant que tel.

En effet tout est à faire pour reconstruire une force de gauche que j’appelle encore social-démocrate. A ceux et celles qui me disent que la social-démocratie n’a jamais existé en France et que de partout elle est en difficulté, je veux dire tout simplement que les mots m’importent peu.

Pour moi parler de social-démocratie,

  • C’est défendre une conception du pouvoir qui s’appuie sur les représentations des différentes logiques qui traversent la société. Pour faire vite et pour employer un terme un peu technocratique et jargonneux, les corps intermédiaires.
  • C’est s’intéresser aux conditions et à la qualité de la production des biens et des services, et à ceux et celles qui en sont les acteurs.
  • C’est mettre en œuvre  des politiques de redistribution.
  • C’est faire de la Protection Sociale et des services publics des éléments structurants de la démocratie et de la manière de faire société, en permettant à tous et toutes d’être pleinement citoyens.

Au regard de ces exigences, je n’affirme pas que Anne Hidalgo a le programme qui va tout régler. Non et je suis critique sur un certain nombre de ces propositions.

Mais devant le vide sidéral de la pensée concernant une approche progressiste des transformations, le vote pour Hidalgo est une façon pour moi d’exprimer l’urgence d’une reconstruction d’une gauche social-démocratie (voir plus haut).  Malgré la dégringolade qu’a subit la gauche non communiste, pour des raisons nombreuses et beaucoup plus collectives que certains ne le disent, il me semble que c’est autour de ce qui reste de cette incarnation de la gauche que des choses peuvent éventuellement se reconstruire. Je peux me tromper mais je prends le risque.

A ce choix on me répond : Hidalgo, « c’est mort, ta voix est une voix perdue ».

Si j’en crois les différents commentaires, il y aurait plusieurs solutions pour un vote utile. Tout d’abord, je voudrais dire que  cette idée de « vote utile » est pour moi, une négation de la démocratie. Le vote n’a d’utilité que de permettre aux citoyens de s’exprimer sur ce qu’ils souhaitent, en dehors de toutes considérations sondagières.  Considérer qu’il y aurait une autre utilité au vote, c’est considérer que les sondages ont pris le pas sur le vote et qu’un panel de citoyens suffit à la démocratie. C’est également considérer que l’expression de positions minoritaires est inutile à la démocratie.

En dehors du fait que je ne goûte guère à l’idée du vote utile, les raisons développées par les entourages de 3 candidats pour un vote utile en leur faveur, ne sont pas du tout convaincants

Vote utile pour Mélenchon

Ses soutiens prétendent que J.L. Mélenchon est le seul candidat de gauche pouvant être au second tour. Mélenchon représente une gauche qui n’est pas celle à laquelle j’aspire. Pour moi, la gauche ce n’est pas le programme de quelques-uns qui doit être imposé aux autres, quand bien même ce programme contiendrait des mesures techniques de meilleures redistributions par exemple. Les questions de démocratie, de la place de la négociation, de la place des corps intermédiaires sont des questions essentielles qui dépassent le cadre de nos frontières. La lutte contre les inégalités est pour moi consubstantielle à l’approfondissement de la démocratie. L’histoire nous montre que la déconnexion des deux nous-même dans des impasses. Mais avec une différence de taille. Quand les principes démocratiques sont encore réellement appliqués, comme c’est le cas dans nos pays européen, et notamment en France, les citoyens ont le choix de mettre un terme aux impasses constatées, s'ils le décident collectivement.

Parce que dans notre pays le droit de vote existe, je peux manifester par mon vote en faveur d’Hidalgo mon désaccord avec les politiques ultralibérales conduites aujourd’hui (hors crise COVID), car elles mettent en danger la démocratie, et manifester ma volonté que ça change. Les citoyens des pays qui ont vu J.L Mélenchon soutenir les  dirigeants au pouvoir, n’ont pas la même chance que moi.  Je pense au Venezuela par exemple.

Par ailleurs je suis en désaccord total avec J.L. Mélenchon quand il renvoie dos à dos l’UEE ou l’OTAN et la Russie de Poutine. Il n’y a pas de 3° voie entre démocratie et dictature. Le débat ne peut avoir lieu qu’au sein des démocraties.

Quand bien même voter pour lui, serait utile pour qu’il soit au second tour, je ne vois pas en quoi son duel du second tour serait utile pour l’avènement d’une gauche social-démocrate et plus largement pour approfondir la démocratie.

Vote utile Pour Jadot

Ses soutiens considèrent qu’il est utile de voter pour lui, car c’est autour des « verts » que doit se reconstruire une alternative à l’ultralibéralisme.

L’homme est intéressant, pertinent le plus souvent, cohérent dans son approche. Une approche qui dit tout de même peu de chose sur le comment on passe du point A d’aujourd’hui au point B de demain, dans un pays divisé, éclaté où la recherche de compromis ne doit pas être une notion théorique mais bien pratique. Ce n’est pas un reproche, mais une réalité, l’homme Jadot n’a jamais exercé de mandats dans un exécutif de collectivités. C’est aussi une caractéristique du parti dont il est issu, même si depuis quelques années, les élus écologistes en positions de décideurs dans les exécutifs municipaux départementaux et régionaux sont un peu plus nombreux.

Par ailleurs, l’histoire des verts en France est marquée par une distance avec la question sociale et le milieu syndical. Souvent, les verts apparaissent en déséquilibre dans l’équation entre l’environnement et le social.

Enfin au regard de leur enracinement historique, comme de leur expérience concrète du pouvoir, d’un point de vue conceptuel d’une part et pratique d’autre part,  je ne vois pas les verts aujourd’hui, être le lieu de réinvention d’un nouveau pacte social et écologique, dont nous avons besoin.

Quand bien même voter pour lui serait utile pour placer les verts au centre de la reconstruction d’une gauche demain, je ne vois pas en quoi cette centralité serait un atout pour reconstruire cette gauche dont on a besoin.

Vote utile pour Macron

Il semble y avoir plusieurs approches pour le vote utile à Macron.

Premièrement, il y a celles de ceux qui considèrent que la social-démocratie de demain passe par Macron. Je ne remets pas en cause la sincérité de ceux et de celles qui le proclament, mais je m’en étonne. Le programme de Macron avec des marqueurs de droite très prononcés comme la retraite à 65ans, l’inversion de l’équation républicaine « Droits-Devoirs » en « Devoirs et Droits », comme ses velléités à reconstruire un pôle républicain de centre de droit, nous éloignent tout de même d’un programme social-démocrate. La social-démocratie ne s’est jamais confondue avec  une approche modérée de la transformation sociale. La social-démocratie c’est avant tout la reconnaissance des conflits et une volonté de les dépasser par la négociation. Tout le contraire d’une négation du conflit qui est la caractéristique du centre droit.

Deuxièmement, il y a ceux et celles qui pensent que le processus de désintégration totale des 2 grandes formations politiques qu’étaient le PS et le « Les Républicains », accélérés par Macron doit se poursuivre jusqu’au bout pour reconstruire quelques chose après. Les 5 ans passés montre que de la désintégration, ne naît pas quelque chose par génération spontanée. Macron a échoué dans sa volonté de remplacer l’existant. LREM est une coquille vide. Sa participation à l’animation du débat public est inexistante. Ses élus n’ont aucune visibilité sur les territoires (du moins dans mon environnement)

Quand bien même, voter Macron serait utile pour aller jusqu’au bout du processus de désintégration, je ne suis pas certain que l’équation soit ainsi posée. Le processus de destruction et de reconstruction d’autre chose, semble aujourd’hui avoir céder le pas chez Macron à la reconstruction d’un pôle républicain de droite. Beaucoup plus structurée que la gauche au sein du macronisme, la droite républicaine a l'ambition de préparer l'avenir face au vide qui s'annonce à court terme.

Troisièmement, il y a ceux et celles qui pensent que Macron est le seul capable de gouverner en période de turbulence, faisant valoir sa capacité à gérer les crises (gilets jaunes, COVID, Guerre en Ukraine), en opposition aux autres qui ne seraient pas à la hauteur. Cet argument est curieux. Avec de tels arguments car Emmanuel Macron n’aurait pas dû passer en 2017, lui qui n’avait absolument aucune gestion de crise à son actif, ni même la moindre expérience de pouvoir exécutif.

Quand bien même, Macron serait exempt de critiques sur la gestions des crises, ce qui n’est pas le cas, ce constat ne discrédite en rien la capacité de plusieurs des candidats à la présidentielle à gérer des crises et toutes autres situations difficiles, et notamment Anne hidalgo

Oui Je voterais Hidalgo et je considère ce vote utile.

Je vote Hidalgo et considère que ce vote est utile. C’est un vote  pour quelqu’un qui a une expérience de responsable d’exécutif. Et quel Exécutif, Paris. Élue 2 fois. Je sais on va me dire que quand on interroge les parisiens il y a beaucoup de critiques. Un dernier sondage serait parait-il désastreux. Mais il me semble qu’en démocratie les élections sont des marqueurs plus importants que les sondages et que les citoyens ont tous droit à la parole et pas uniquement des panels  et des échantillons.

Je vote Hidalgo et considère que ce vote est utile. Je vote pour  quelqu’un qui incarne une histoire déjà longue de la gauche non communiste en France, qui a connu bien des déboires, qui n’a certes pas renouveler son logiciel, qui n’a pas su se renouveler dans ses responsables. Hidalgo incarne une certaine fidélité à cette gauche que beaucoup ont préféré quitter au motif qu’elle n’a pas travaillé pour repenser l’avenir de la social-démocratie en France. C’est probablement vrai. Mais là où ceux et celles qui reprochent à cette gauche de ne pas avoir travaillé à une nouvelle pensée, une pensée de transformation a-t-elle été travaillée là où ils sont allés?

Alors non je ne me laisserais ni abuser par des médias dont l'objectivité n'est pas  une exigence, ni par les appels au vote utile, d’où qu'ils viennent. Je Vote Hidalgo pour préparer demain.

Gaby Bonnand