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La situation politique inédite que nous vivons sur le plan politique, montre que sortir des postures est très difficile pour les uns et pour les autres. 

Alors que le résultat des élections ne donne aucune majorité absolue à un candidat, tous considèrentavoir gagné. 

La composition de l'Assemblée Nationale, tant en nombre de voix qu'en nombre de sièges après le 2ème tour des élections législatives est digne d'un résultat issu d'un vote à la proportionnelle.

Que l'on prenne Partis par Partis, donc groupes par groupes ou par grands ensembles tels que les formations les ont organisées (Ensemble NUPES, LR ET RN), personne n’a la majorité absolue en sièges. 

Si on se reporte aux voix obtenus par rapport aux inscrits ou aux exprimés, nous sommes dans le même cas de figure.

  • La majorité présidentielle obtient 244 sièges sur 577, 16,47% des inscrits et 38,57 % des exprimés. 
  • La NUPES obtient 127 sièges sur 577-13,49% des inscrits et 31,60% des exprimés
  • LR obtient 61 sièges sur 577- 2,98% des inscrits et 6,98% des exprimés
  • Le RN obtient 89 sièges sur 577- 7,39% des inscrits et 17,30% des exprimés.

Si on regarde le résultat de la présidentielle au second, tour, nous avons une vision plus claire de la situation, puisque Emmanuel Macron, obtient 58,55% des exprimés et 38,5% des inscrits contre 4I,5% des exprimés et 27,25% des inscrits, pour Marine Le Pen.

C’est plus clair en apparence. Mais le soir du 2° tour Emmanuel Macron s’exprime pour dire qu’il sait que nombre de citoyens  ont voté ce jour pour lui, non pour soutenir les idées qu’il porte mais pour faire barrage à l’extrême droite[1],reconnaissant lui-même que sont résultat ne vaut pas une approbation claire de son projet.

Par ce constat réaliste[2], Emmanuel Macron ouvre une porte en laissant entrevoir que le Président de la République a pris conscience de la gravité de la situation et qu’elle nécessite une nouvelle façon de gouverner.

Mais 2 jours avant le 2° tour des élections législatives, Emmanuel Macron change de pied. Avant de s’envoler pour la Roumanie, il tient un discours sur le tarmac de l’aéroport d’Orly

"Rien ne serait pire que d'ajouter un désordre français au désordre mondial. Nous avons besoin d'une majorité solide pour défendre notre économie, vos économies. Rien ne serait pire que de nous perdre dans l'immobilisme, le blocage et les postures…J'en appelle au sursaut républicain. Ni abstention, ni confusion mais clarification...Aucune voix ne doit manquer à la République »[3].

Cette expression constitue une faute politique ou pour le moins une prise de position qui ajoute de la confusion à la confusion. Elle tourne le dos à son discours le soir du 2° tour de l’élection présidentielle, au cours duquel il a reconnu que beaucoup de voix qui s’étaient portées sur des candidats autres que sur le sien au 1° tour de la présidentielle, se sont portés sur lui pour faire Barrage au RN.

Emmanuel Macron n’ignore pas que cela concerne de nombreux, très nombreux électeurs qui ont voté pour des partis rassemblés sous la bannière de la NUPES.

Ce discours improvisé laisse entendre que le seul vote républicain est le vote pour les candidats de la majorité présidentielle (LREM, Horizon et MODEM), renvoyant les candidats des partis composant la NUPES dans le marécage des extrêmes.

Cette logique s’est largement fait entendre entre les 2 tours de législatives, dans les rangs de LREM qui est tombé dans le même travers et la même ambiguïté que celui des insoumis et de son leader au soir du Premier tour de la présidentielle, en n’appelant pas directement à voter pour le candidat qui serait en face d’un candidat du RN.

Seul 7 candidats de la coalition « Ensemble » sur 61 circonscriptions dans lesquelles sont opposées La NUPES et le RN,  appellent clairement à voter le ou la candidats.es NUPES[4]

Loin de moi l’idée de déduire de ce constat, que seul LREM et Emmanuel Macron serait responsable de l’explosion du front républicain. Sur 108 circonscriptions opposant LREM et RN, 14 seulement de la coalition NUPES (Essentiellement PS, PC et EELV) appellent à voter Ensemble, Les autres (94) soit disent « pas une voix au RN », sans appeler à voter le candidat Ensemble (72), soit ne donnent pas de consignes de vote (13), soit ne se sont pas exprimés, soit prônent le « Ni-NI » ou le vote blanc (2)[5].

Et si l’on regarde cette fois du côté des électeurs de chaque camp, le report des voix au deuxième tour des élections législatives, on constate,

  • qu’en cas de duel NUPES-RN dans leur circonscription, les électeurs ayant voté pour un ou une candidate Ensemble au premier tour se sont abstenus à 48 %, ont voté NUPES à 34 % et RN à 18 %.
  • qu’en cas de duel Ensemble-RN dans leur circonscription, les électeurs ayant voté pour un ou une candidate NUPES au premier tour se sont abstenus à 45 %, ont voté pour le ou la candidate Ensemble à 31 %, et pour le ou la candidate RN à 24 %.[6]

En date du 22 Juin, dans son discours à la télévision, si Emmanuel Macron a raison de rappeler « qu’aucune force politique ne peut faire les lois seule.", laissant entendre que s’il n’a pas gagné avec une majorité absolue, il n’y a aucun autre gagnant ; s’il a raison de dire « qu’il faudra bâtir des compromis », invitant ainsi tous les partis de sortir de leurs postures, il a tort de dire en introduction de son allocution que « les français lui ont renouvelé leur confiance en l'élisant Président de la République, sur le fondement d'un projet clair"[7].

Il ne s’agit pas de contester en quoi que ce soit l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, mais de contester que cette élection signifie une « confiance renouvelée sur le fondement d'un projet clair".

Emmanuel Macron ne peut pas un jour appeler les citoyens à faire barrage au RN, comme il l’a fait entre les 2 tours de la présidentielle, puis reconnaître que beaucoup de ceux qui lui ont donné leurs voix, l’on fait pour faire barrage, puis changer de pieds entre les 2 tours des législatives en renvoyant hors de la république tous les candidats non estampillés majorité présidentielle, et enfin affirmer dans son invitation à bâtir des compromis, qu’il a été élu sur « le fondement d'un projet clair » .

De telles ambiguïtés dans la période sème le trouble et donne une occasion de plus à la NUPES et à ses membres, à LR et ses dirigeants de rester dans des postures accusant le Président de vouloir trouver des arrangements pour faire passer quoiqu’il arrive son programme. Et durant ce temps-là, Marine Le Pen creuse son sillon.

Les ambiguïtés du Président et les troubles qu’elles sèment ne peuvent en aucun cas justifier des attitudes pour le moins aussi ambiguës de la part des autres acteurs.

La première ambiguïté repose sur le fait que depuis le deuxième tour des élections législatives, tout se passe dans les positionnements des différentes oppositions, comme si l’absence de majorité absolue pour Emmanuel Macron, faisaient des opposants, des vainqueurs.

Il est important de rappeler que la défaite d’Emmanuel Macron au regard de l’objectif qu’il s’était fixé, ne vaut victoire pour personne. Rappelons que le premier parti en nombre de sièges à l’Assemblée Nationale est LREM ((160) suivi par le RN (89). LFI est 3° (72) et LR est 4° (64).

En clair si le programme de Macron n’a pas de majorité absolue, il a une majorité relative, qu’aucun autre parti ne peut revendiquer. Même en se regroupant au sein de la NUPES, les différents partis la constituant, n’obtiennent pas le nombre de sièges de LREM.

Faire comme si LREM avec ses alliés n’avaient pas de majorité relative, en considérant que tout se vaut, peut passer pour une attitude peu en adéquation avec la constitution.

La deuxième ambiguïté est un écart abyssal entre la théorie développée notamment par LFI sur la nécessité d’une VI° République reposant sur le suffrage universel, et une pratique au pied du mur. L’AN sortie des urnes, ressemble d’avantage à un résultat relevant de la proportionnelle que d’un suffrage majoritaire à 2 tours.

Avec un peu de provocation je pourrais dire que je n’avais pas compris que le scrutin à la proportionnelle avait pour objet de transformer les vaincus en vainqueurs, ou plus exactement les partis opposants en vainqueurs, sous prétexte que le parti majoritaire n’a qu’une majorité relative et pas absolue. Surprenante analyse.

Pour conclure provisoirement, il me semble que pour dépasser une situation de blocage, et pour progresser dans une autre culture de gouvernance de la vie en société, il appartient au parti (LREM)et  à l’alliance majoritaire (Ensemble) de prendre des initiatives, non pas dans le but de trouver des accords à la carte pour faire passer leurs projets (ce que la constitution lui permet), mais de rechercher sur des thèmes importants (Transitions écologique, Europe, Démocratie, Retraite, Inégalités, Pouvoir d’achat, place du travail, Protection sociale, Services Publics…) les conditions du compromis avec les forces démocratiques et républicaines. Les conditions de l’élection d’Emmanuel Macron l’obligent à cette démarche.

Le Président Macron, à la suite du second tour de la présidentielle, après avoir reconnu que de nombreux électeurs avaient voté pour lui afin de faire barrage au RN, a ajouté à leur intention « Je veux ici leur dire que j’ai conscience que ce vote m’oblige pour les années à venir. Je suis dépositaire de leur sens du devoir, de leur attachement à la République et du respect des différences qui se sont exprimées ces dernières semaines ».

Si ces paroles ne sont pas que des éléments de langage, il doit le montrer maintenant

Gaby Bonnand

 

[1] https://www.lemonde.fr/politique/live/2022/04/25/presidentielle-emmanuel-macron-promet-que-ce-nouveau-mandat-ne-sera-pas-dans-la-continuite-de-celui-qui-s-acheve_6123433_823448.html

[2] 53% des votants ont ainsi choisi Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen tandis que 47% disent avoir glissé un bulletin dans l'urne dans une logique d'adhésion https://www.lexpress.fr/actualite/politique/vote-barrage-abstention-reports-de-voix-les-cinq-lecons-du-second-tour_2172351.html

[3] https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/06/14/declaration-du-president-emmanuel-macron-avant-de-rejoindre-nos-militaires-deployes-en-roumanie

[4] ttps://www.liberation.fr/checknews/duels-nupes-rn-aux-legislatives-quels-sont-les-consignes-des-candidats-ensemble-sur-le-terrain-20220614_NYUET4XLMFCO3FDMYKZZNTPHEA/

[5] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/06/16/legislatives-2022-quelles-consignes-de-vote-donnent-les-candidats-de-la-nupes-en-cas-de-duel-ensemble-rn_6130673_4355770.html

[6] https://www.ouest-france.fr/elections/legislatives/legislatives-2022-nupes-rn-ensemble-comment-s-est-effectue-le-report-des-voix-au-second-tour-47e09e78-f09b-11ec-a1f9-96fad4cda185

[7] https://www.vie-publique.fr/discours/285480-emmanuel-macron-elections-legislatives