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Le gouvernement envisagerait de déplafonner le salaire des dirigeants des entreprises publiques qui est, rappelons-le, de 450 000 € par an[1]. La raison en serait l'impossibilité de trouver un patron pour EDF au regard de la rémunération proposée.

Bien sûr, cette rémunération semble faible comparée à celles des patrons du Cac 40, et dont l’adjectif  « indécentes » est très insuffisant pour les qualifier. Ces patrons ont gagné en moyenne 8,1 millions € en 2021. Elles ont doublé en 1 an. En période d’appel à la sobriété, d’appel à « payer le prix de notre liberté », ce n’est pas indécents, c’est honteux, scandaleux. Ce sont des actes assimilables à de la sécession.

Bien sûr 22 fois le SMIC, ce n’est pas 502 fois le salaire minimum annuel net. Mais dans l’ordre de grandeur auquel les citoyens sont habitués et qui renvoie à des notions bien concrètes, un salaire de 22 fois le SMIC est déjà un très haut salaire.

Même si la responsabilité qui incombe à un patron d’une entreprise publique, est importante, même si celui ou celle qui l’exerce prend des risques nombreux, y compris juridiques et judiciaires, sur le plan personnel, même si sa vie peut durant l’exercice de cette fonction l’accaparer en totalité, je n’arrive pas à comprendre ce qui peut justifier un déplafonnement du salaire des dirigeants de ces entreprises.

Je ne suis pas en train de dire qu’un patron d’une entreprise publique devrait se serrer la ceinture parce que le service de la Nation nécessite l’idée de sacrifice. Mais il me semble qu’avec 450 000 € de salaires annuels, nous ne sommes pas dans le domaine du sacrifice.

Ce n’est pas un sacrifice, sauf bien sûr, si on considère que renoncer à une rémunération plus élevée que 450 000 € est de l’ordre du sacrifice. Mais cela est pour moi, complètement incompréhensible, ça échappe au cadre de référence dans lequel je suis habitué à penser et à me mettre en perspective.

Sans prendre beaucoup de risques, je crois pouvoir dire que de très nombreux citoyens n’appelleraient pas « sacrifice » un salaire de 450 000 €.

Que des individus puissent penser qu’au regard de différents opportunités, ils puissent valoir plus que 450 000 €, est probablement vrai. Mais dans ce cas-là, j’ai du mal à voir ce type de personnes affirmer qu’il ou qu’elle aurait l’intérêt général, l’intérêt public, l’intérêt de la nation, l’intérêt de la collectivité chevillé au corps. Il ou elle a surtout une haute considération de lui-même ou d’elle-même chevillée au corps, ce qui peut être incompatible avec le service de l’intérêt général.

On pourra me rétorquer que je serais moins regardant quand ce sont des joueurs de foot. Probablement. Mais ils ne prétendent pas défendre l’intérêt général et ils ne servent pas de celui-ci pour cacher leur avidité aux gains et leur haute considération d’eux-mêmes.

Si des personnes susceptibles d’exercer la responsabilité de dirigeants d’entreprises publiques, refusaient le poste, comme le prétend le gouvernement, parce qu’elles ne gagnent pas suffisamment avec 450 000 €, par an, il vaut mieux qu’elles ne deviennent pas dirigeantes d’entreprises publiques. Leur intérêt est d’abord leur rémunération ou leur égo, ou les deux, mais certainement pas l’intérêt de l’entreprise publique qu’ils ou qu’elles auront à gérer.

J’ai eu dans mes responsabilités diverses, à fréquenter des milieux, comme celui de la haute fonction publique ou celui des grandes écoles ou les hautes administrations. J’y ai rencontré bien sûr des opportunistes, des carriéristes, des donneurs de leçons, des avides de gains et de pouvoirs…Mais j’y ai aussi rencontré des hommes et des femmes de grandes compétences qui avaient un vrai goût pour la chose publique, un véritable souci de participer à la construction de l’intérêt général, un sens aigu pour ce que l’on peut appeler « les communs » pour qu’une société tienne debout. Je n’ai jamais entendu de leur part une quelconque remarque sur une prétendue faiblesse de leur rémunération.

Même s’il y a quelques années, je suis étonné que ce type de personnes n’existe plus.

A moins que le motif principal du déplafonnement ce soit d’éloigner des postes à responsabilités des entreprises publiques, ceux et celles qui pourraient apparaître ringards, au profit d’opportunistes avides de gains pour mettre en œuvre dans les entreprises publiques, des modes de gestions, plus conformes aux dogmes néolibéraux.

 

[1] Décret de 2012