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Erratum je dois des excuses à tous ceux et toutes celles qui ont lu mon précédent papier sur le risque de déplafonnement des rémunérations des patrons des entreprises publiques. Une erreur énorme s’est glissée dans mon papier que j’ai corrigé depuis. Les 8,1 millions de rémunération moyenne des patrons du Cac 40, ne correspondent pas à 397 000 fois le SMIC, mais à 502 fois le SMIC annuel net.

Après un papier sur le sens du travail puis sur le risque d'un déplafonnement des salaires des patrons des entreprises publiques, ci-joint une petite réflexion sur les limites du slogan d'une plus juste répartition des richesses et les liens possibles entre ce partage et un accompagnement à la transition écologique.

Bien sûr qu'une plus juste répartition des richesses est absolument nécessaire. La croissance des inégalités, l'enrichissement de quelques-uns qui aboutit à ce que « 10% des Français les plus riches captent près d’un quart de la masse globale des revenus après impôts et prestations sociales[1] »,  n'est pas seulement scandaleux moralement, mais c'est une catastrophe économique sociale et sociétale.

On sait très bien que cette situation mine la cohésion de la société et une économie ne peut se développée dans un climat social délabrée.

Cependant se focaliser uniquement sur le partage des richesses, risque de nous conduire à ne pas contester la manière dont, d’une part celle-ci est fabriquée et d'autre part, la manière dont elle comptabilisée

Or notre avenir commun, notre existence collective sont menacés par les conditions dans lesquelles se crée la richesse aujourd'hui.

Lors du premier conseil des ministres de cette rentrée 2022, le Président de la République a caractérisé le « grand bouleversement du monde » que nous vivons par 3 fins : «fin de l’abondance, fin de l’insouciance, fin des évidences ».

Je partage ce point de vue mais le Président ne doit pas se satisfaire de donner un point de vue. Il doit donner un cap pour que des actions concrètes soient engagées, en tenant compte d’une situation sociale qui est loin d’être identique pour tout le monde.

Sans jouer les misérabilistes l'abondance n'est pas la même pour tous dans notre pays

  • 9,3 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté.
  • Le salaire médian  étant de 1 789 €, en 2022, 50% des salariés  vivent donc avec 1789 € ou moins.
  • Si nous prenons les revenus, nous sommes sensiblement dans les mêmes proportions. Pour une personne seule, il est de 1 735 euros par mois  et de 3 644 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans. 

Ceci étant dit, il est bien sûr évident que nous ne pouvons plus poursuivre dans un type de développement qui épuise les matières premières que l'on croyait inépuisables  comme le dit le chef de l’État.

Même si cette économie qui s'est structurée  autour de la transformation de ces matières premières, a permis de produire de la richesse et d’améliorer les conditions de vie de millions de personnes (principalement dans les pays développés), elle a aussi permis à une minorité de s’enrichir beaucoup plus que d’autres.

Plusieurs économistes et notamment Thomas Piketty ont suffisamment documenté le sujet de la répartition de la richesse. La captation par les plus fortunés d'une grande partie de la richesse créée ces dernières décennies  est aussi une réalité dans notre pays, même si les systèmes redistribution construits au fil de l'histoire ont joué un rôle déterminant comparé à  d'autres pays (E.U. et R.U  par exemple).

Une partie de la population des plus fortunés ne semble pas aimer la fin de l'abondance, puisque  selon un rapport d'Oxfam, "de mars 2020 à octobre 2021 (en pleine crise COVID), la fortune des milliardaires français a augmenté de 86%", qui aboutit à une abondance de pollution, puisque « les 10% les plus riches émettent cinq fois plus de carbone que la moitié la plus pauvre des français[2] »

De même  selon une étude de SCALENS[3], la rémunération moyenne des patrons du CAC 40 a été multipliée par deux sur un an, et a bondi de 60% par rapport à 2019,

Elle atteint 8,7 millions d'euros en 2021, un niveau inédit. 

Pourtant, il n’y aura pas d’acceptation sociale d’un modèle de création de richesses, qui respecte notre environnement et la vie qui s'y développe, à laquelle le Président appelle, si ceux et celles qui ont profité le plus de la richesse créée, poursuivent leur indécent enrichissement.

Je ne suis pas en train de dire qu’il suffit de faire payer les riches pour réussir la transition écologique, je dis simplement que c’est une condition sine qua non

Cette acceptation sociale du changement doit aussi être accompagnée. Ce sera long. Alors parce que l'abondance n'a pas été la même pour tous dans ce modèle économique qui détruit la planète,  il serait judicieux de faire en sorte qu'une partie de la richesse captée par les plus fortunés soit utilisée pour accompagner les individus dans cette période de transition (emploi, logement, éducation, santé…)

Pour ce faire, une des solutions serait de mettre en œuvre une réforme fiscale qui aurait pour objectif de corriger fortement les inégalités de la répartition primaire des revenus, avec des mesures fortes concernant les hauts revenus et hauts patrimoines. Mesures auxquelles Emmanuel Macron s'est toujours refusé. 

 

Mais puisque le Président appelle à mettre fin aux évidences,  demandons-lui de mettre fin à celle  qui consiste à affirmer que la richesse accumulée en abondance des riches, ruissellerait naturellement sur les autres.

Gaby Bonnand

 

[1] Observatoire des inégalités 25 Janvier 2022

[2] Lucas Chancel cité par le monde du 18 Aout 2022

[3] Cité par le Monde du 22 Avril 2022 : La rémunération moyenne des grands patrons a flirté avec les 100% d’augmentation en 2021

 

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